Finance et politique : la bourse préfère-t-elle la gauche?

Au détour d’une recherche sur un autre sujet, je suis tombé sur cette étude de 2017, de Gérard Charreaux, professeur à l’université de Bourgogne Franche-Comté (IEA Dijon).

J’avoue avoir été surpris par les donnés qui y sont rapportées :

Huang (1985) est l’un des premiers à mettre en évidence, sur la période 1929-1980, que la rentabilité annuelle moyenne obtenue sous les Démocrates est supérieure de plus de 9 % (14,1 %, contre 4,9 %). Plus récemment, dans une étude portant sur la période 1927-1998, Santa-Clara et Valkanov (2003) confirment l’existence d’une performance supérieure obtenue pendant les mandats présidentiels démocrates : l’avantage est de 9 % sur la base de la rentabilité différentielle entre le taux de rentabilité du marché et le taux des bons du Trésor (taux ajusté), pour les grandes capitalisations.

Pour la France :

l’étude de Bialkowski et al. (2007) qui porte sur la période 1980-2005. Cette étude ne permet de conclure à une différence statistiquement significative entre droite et gauche que pour cinq pays, dont la France : la rentabilité annuelle moyenne obtenue sous la gauche est de 13,45 %, contre 1,55 % sous la droite, soit un écart substantiel de près de 12 %.

La conclusion de l’article n’affirme cependant pas que la bourse surperforme quand les politiques sont de gauche, mais indique :

Cependant la prime constatée tant qu’elle ne repose pas sur un modèle explicatif convaincant sur le plan économique risque de n’être qu’un artefact statistique. Il faudrait alors se tourner vers les littératures reliant la bourse aux variables macroéconomiques fondamentales, et ces dernières à la politique. Santa-Clara et Valkanov (2003) entreprennent une telle démarche en tentant de distinguer une partie anticipée du différentiel de performance fonction des conditions macroéconomiques et une partie non anticipée censée refléter une surprise du marché. La partie anticipée est liée au modèle « partisan », l’un des modèles centraux visant à expliquer le lien entre la politique et les cycles d’affaires (Alesina et al. , 1997 ; Drazen, 2000). Selon ce modèle, les partis de gauche et de droite auraient des objectifs macroéconomiques différents, à l’origine de la composante anticipée du différentiel de performance. Les résultats du test réalisé par Santa-Clara et Valkanov révèlent que la prime obtenue sous les Démocrates serait d’origine non anticipée sur le plan macroéconomique. Autrement dit, le marché serait systématiquement surpris par une gestion meilleure que prévue, sous les Démocrates, et réagirait en conséquence, faisant apparaître une surperformance non anticipée. Ce serait, par exemple, le cas s’il existait une présomption d’incompétence relative des Démocrates en matière de gestion macroéconomique aux yeux des investisseurs. Cette présomption serait levée au vu des résultats effectifs, ce qui pourrait expliquer la surperformance. Toutefois, comme la prime semble pérenne, il faudrait en conclure – tout au moins aux États-Unis – que les investisseurs seraient incapables d’apprendre de leurs erreurs au cours du temps, ce qui constituerait une anomalie importante par rapport à la traditionnelle hypothèse d’efficience des marchés financiers. Si l’explication avancée pour le marché américain est transposable au marché français, la prime partisane obtenue sous la gauche s’expliquerait par une meilleure performance que ce qu’anticipaient les investisseurs.

Je le répète, si besoin est encore, mon but ici n’est pas de faire l’apologie du socialisme (ou communisme ou antilibéralisme pour certains ici qui se reconnaitront), mais de lever un élément qui me semblait intéressant.
J’aimerais avoir un avis bienveillant et argumenté de votre part à ce sujet.

Merci.

PS : j’ai évidemment taillé largement dans l’étude, aussi je vous invite à aller la consulter en entier (lien dans la première phrase du sujet).

Ce qui porte les cours quand le gouvernement est de gauche,
C’est l’espoir qu’il vire à droite !

1 « J'aime »

Et réciproquement,
Ce qui pèse sur les cours quand le gouvernement est de droite,
C’est la peur qu’il bascule à gauche :grin:

2 « J'aime »

Ça c’est constructif. Merci pour cette fine analyse.

1 « J'aime »

Je rigole (a moitié)
J’étais entre 2 réunions et j’ai répondu à l’emporte-pièce :slight_smile:

Plus sincèrement, je pense que l’idée du « procès en incompétence » tient la route ;
Mais je crois plus à l’influence des cycles macro qu’à celle de la politique locale.

En effet, les boîtes du CAC (ou du Dow) opèrent à l’échelle mondiale, et doivent composer avec une grande diversité de contextes economico-politiques.

Je me dis qu’à l’échelle globale, tout ceci doit peu ou prou s’équilibrer

2 « J'aime »