Il y a des fan boys ici qui vont se jetter dessus ou pas ?
Ca va ĂȘtre lâaffaire du siĂšcle !
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⊠Ou pas !
Jâai rĂ©pondu ça Ă un fan boy sur Facebook qui se demandait si lâaction SpaceX sera dispo le jour J sur Trade Republic pour lui permettre de se ruĂ©er dessus.
Je me dis que ça serait bien que je partage Ă plus de monde que ça mon esprit charitable parce que jâestime quâon doit bien trouver des kamikaze partout mĂȘme ici !
Donc pourquoi lâintroduction en bourse de Space X est un piĂšge comme toute introduction en bourse ?
Et surtout pourquoi pour Space X câest encore plus un piĂšge quâune lâIPO classique ?
Câest un piĂšge parce que tout est construit pour maximiser le prix au bĂ©nĂ©fice des insiders, en compressant notre rendement potentiel, nous investisseur particulier, et en explosant notre risque.
Dâabord, la valorisation de dĂ©part est dĂ©lirante : 2 000 milliards pour environ 16 milliards de chiffre dâaffaires, soit un price-to-sales autour de 125.
MĂȘme des mastodontes ultra rentables et dominants comme les grandes big tech se paient plutĂŽt entre 3 et 10 fois les ventes, alors quâils ont dĂ©jĂ prouvĂ© leur modĂšle Ă trĂšs grande Ă©chelle.
ConcrĂštement, Ă ce prix nous payons une entreprise qui fait 16 milliards de chiffre dâaffaires aussi cher, voire plus cher, que des groupes qui font 200, 400 ou 700 milliards.
En dâautres termes,nous payons aujourdâhui le prix dâun Amazon, mais nous recevons une boĂźte qui gĂ©nĂšre 40 fois moins de revenus.
Ensuite, la simple mécanique des ratios nous mets mathématiquement en mauvaise posture.
Si le multiple passe dâun PS de 125 Ă un PS de 12,5 (ce qui serait encore Ă©levĂ©, mais dĂ©jĂ plus « normal » pour une star de la croissance), câest une division par 10 du multiple.
Si, pendant ce temps-lĂ , le chiffre dâaffaires nâest pas luiâmĂȘme multipliĂ© par 10, le cours est mĂ©caniquement divisĂ© par 10.
Et mĂȘme dans le meilleur scĂ©nario « neutre », pour que lâaction reste seulement flat alors que le multiple retombe de 125 Ă 12,5, il faudrait que les revenus passent de 16 Ă 160 milliards en trĂšs peu de temps.
Nous partons donc dâun point dâentrĂ©e oĂč la barre Ă franchir pour juste ne pas perdre dâargent est presque irrĂ©aliste.
Ă cette survalorisation sâajoute une architecture de marchĂ© manipulĂ©e en notre dĂ©faveur.
La rĂ©duction du dĂ©lai dâentrĂ©e dans lâindice (de un an Ă quinze jours pour un mastodonte du top 40) fait que lâaction sera intĂ©grĂ©e dans le Nasdaq avant mĂȘme que le marchĂ© ait eu le temps de stabiliser un prix « normal ».
En parallĂšle, le fait de multiplier artificiellement le flottant utilisĂ© pour la pondĂ©ration (par 5 lorsque le flottant rĂ©el est infĂ©rieur Ă 20 %) gonfle artificiellement le poids de la valeur dans lâindice.
Le flottant câest la part des actions Ă la disposition du public. Or le Nasdaq pondĂšre son indice sur la base de la valorisation du flottant pas de la valorisation complĂšte de lâentreprise.
RĂ©sultat : tous les ETF Nasdaq, qui doivent rĂ©pliquer passivement lâindice, sont obligĂ©s dâacheter beaucoup plus de titres que ce que justifierait le flottant rĂ©el. 5 fois plus quâil aurait Ă©tĂ© normalement nĂ©cessaire.
Nous obtenons alors un cocktail trĂšs dangereux : offre ultra limitĂ©e (5 % de flottant), demande massive et forcĂ©e des ETF qui doivent sâaligner sur lâindice, et un prix dĂ©jĂ absurde au dĂ©part.
Les Ă©metteurs dâETF achĂštent « Ă nâimporte quel prix » pour rester collĂ©s Ă lâindice, ce qui entretient et amplifie encore la bulle sur la valeur.
Pendant ce temps, 95 % des actions sont dans les mains des fondateurs et des premiers investisseurs.
Ce sont eux qui bénéficient de cette mécanique : ils voient la demande passive des ETF pousser le cours toujours plus haut, ce qui leur permet de vendre progressivement leurs titres à des prix radicalement décorrélés des fondamentaux.
Les acheteurs finaux de ces titres hors de prix sont les particuliers (directement ou via leurs ETF) qui se retrouvent exposés à une correction potentiellement dévastatrice.
En toile de fond, il faut rappeler la nature mĂȘme dâune introduction en bourse.
Une IPO est, par dĂ©finition, le moment oĂč les insiders obtiennent enfin de la liquiditĂ© pour vendre ce quâils dĂ©tiennent souvent depuis des annĂ©es.
Pour eux, câest lâĂ©vĂ©nement de sortie attendu, donc leur objectif est de vendre le plus cher possible.
Pour toi, investisseur cotĂ©, lâobjectif rationnel est au contraire dâacheter le moins cher possible pour maximiser ton rendement futur.
Quand tu entres au moment oĂč eux sortent, Ă une valorisation hors norme construite sur des rĂšgles faites sur mesure pour gonfler la demande passive, tu te places exactement du mauvais cĂŽtĂ© du trade.
Au final, le piĂšge tient en trois points :
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un prix de départ qui incorpore déjà des décennies de croissance ultra optimiste,
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une mĂ©canique rĂ©glementaire et indicielle qui force les flux acheteurs Ă court terme et donne lâillusion dâun succĂšs irrĂ©sistible,
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et des insiders qui profitent de cette fenĂȘtre pour nous vendre leurs actions au plus haut, avant que les multiples ne reviennent sur Terre.
Dans ces conditions, mĂȘme si lâentreprise est excellente opĂ©rationnellement, le point dâentrĂ©e est tellement mauvais que, statistiquement, câest suicidaire.
JâespĂšre que ce poste empĂȘchera que certains dans cette commu Moning ne soient les dindons de la farce.
Et surtout, soyez fan boys, je sais pas, dâun club de foot par exemple : câest beacoup moins risquĂ© que la vĂ©nĂ©ration dâun entrepreneur fasciste qui nâa encore tenu aucune de ses promessesâŠ
