Protéger son portefeuille contre les baisses des marchés

Les marchés boursiers fluctuent sans cesse. Pour dire les choses grossièrement, les baisses succèdent aux hausses, et inversement. Un investisseur se doit donc d’être toujours prêt à voir son portefeuille changer d’orientation. En règle générale, passer d’un marché baissier à un marché haussier ne pose que peut de soucis. Forcément… puisque tout autant que nous sommes, nous adorons voir nos portefeuilles (re)prendre de la valeur. Par contre, ce qui pose souvent problème, ce sont les marchés baissiers. Autrement dit, lorsque nos portefeuilles perdent sensiblement de la valeur.

Outre le côté psychologique, que j’ai déjà évoqué à d’autres occasions, il est possible de mettre en oeuvre certaines mesures d’ordre technique afin de se protéger (au moins partiellement) d’un retournement baissier. Je vais donc évoquer ceux-ci ci-dessous, tout en partant du postulat que notre investisseur cible est un investisseur long terme, lequel recherche principalement des dividendes, et qui ne veut pas se prendre la tête à timer le marcher. En gros, cet investisseur c’est moi… avec un bon vieux buy and hold.

1. La diversification
La diversification (sectorielle, voir géographique) du portefeuille permet de répartir le risque sur différentes sociétés et secteurs. Cela ne protégera en rien en cas de forte correction / krach, mais cela peut éviter d’être trop exposé à des valeurs / secteurs cycliques. L’exemple parfait est le secteur automobile. Il fonctionne par cycles. Et quand il chute, il ne fait généralement pas les choses à moitié !

La diversification est une solution ultra basique. Elle ne se suffit pas à elle même pour protéger un portefeuille. Elle est tout de même (généralement) nécessaire.

2. La détention d’actions contracycliques
Une action contracycliques est une action qui va évoluer de façon opposée au cycle économique. C’est à dire qu’elle va croître quand les marchés vont s’effondrer, et inversement.

Le soucis avec cette « solution » est qu’elle nécessite, d’une part, d’être en mesure de déterminer quelles actions sont contracycliques, et d’autre part accorder une place suffisamment à ce type d’actions afin que leur effet soit perceptible au sein d’un portefeuille dont le reste des composants est en chute libre.

3. Les ETF "short"
Un ETF short est un ETF qui reproduit de façon inverse la performance d’un indice boursier. C’est à dire que si ce dernier baisse de 2% en séance, alors l’ETF « short » augmentera de son côté de 2% !

Ce type de produit peut donner d’excellents résultats, à condition d’avoir un timing parfait. Pourquoi le timing a t-il une telle importance ? Tout simplement parce son mode de calcul journalier en fait un outil structurellement perdant. Un petit exemple s’impose :

Supposons un indice quelconque côtant à 100 points. Sur trois jours, il enregistre une baisse de 10%, suivi d’une hausse de 5%, puis d’une hausse de 10%. L’ETF aura lui des performances exactement opposées.

Indice : 100 - 10% = 90 // 90 + 5% = 94,5 // 94,5 + 5% = 99,23
ETF « short » : 100 + 10% = 110 // 110 - 5% = 104,5 // 104,5 - 5% = 99,28

En seulement trois séances, l’indice adonc baissé de 0,77%. Dans le même temps, l’ETF short a perdu 0,72%. Il ne rempli donc pas son rôle de protecteur du portefeuille. Et les choses sont encore pires lorsques l’ETF short se trouve combiné à un effet de levier.

4. Les produits dérivés "basiques"
Un autre type de produits est disponible pour les investisseurs désireux de couvrir leur portefeuille. Il s’agit des « produits dérivés ». Il en existe de plusieurs sortes : turbos, warrant, certificats… Leur utilisation demande à l’investisseur une maîtrise technique déjà plus importante.

Pourtant, il ne s’agit que de produits « clé en main », lesquels sont façonnés par les établissements financiers de façon à ce que ces derniers (les établissement financiers) ne perdent pas d’argent quoi qu’il arrive. Néanmoins, l’investisseur a déjà plus de probabilités de gagner. À la condition de ne pas avoir un horizon de couverture trop lointain (quelques semaines, tout au plus).

Ce sont les types de produits (les certificats dit « floorés ») que j’utilise personnellement lorsque j’estime que les marchés sont trop fortement valorisés.

5. Les options
Pour simplifier au maximum, les options sont la version « sur mesure » des « produits dérivés basiques » évoqués précédemment. Leur utilisation demande une grande connaissance du milieu, ainsi que d’importants moyens financiers. Leurs coûts intrinsèques sont extrêmement réduits comparé aux gains envisageables. Par contre, leur « exercice » peut nécessiter la mobilisation de plusieurs milliers d’euros.

Pour être tout à fait franc, c’est une catégorie de produits que moi-même je ne maîtrise pas.

Conclusion (ou presque)
Il ressort donc clairement que les outils les plus intéressant (d’un point de vue efficacité) sont également ceux présentant les plus de risques mais aussi de pré-requis techniques. Voyons donc maintenant une « astuce » de couverture « indirecte » d’un portefeuille d’actions :

L’or
Il est souvent avancé que l’or évolue de façon opposée aux marchés boursiers. Ce n’est pas’une vérité absolue, mais il est légitime de penser qu’en cas de survenue d’une grave crise mondiale, ce métal s’apprécie, ou, à minima, qu’il résiste bien mieux que les cours de bourse. Ainsi, lorsque le CAC40 a chuté d’environ 40% en février / mars 2020, le cours de l’or n’a reculé que de 2%.

La détention d’or peut se faire de plusieurs façons :

  • Il y a tout d’abord l’or « papier », qui peut être détenue via des ETF spécialisés ou via de plateformes elle aussi spécialisées. Me vient en tête bullionvault.fr. Les avantages de ces types de détention (ETF / plateformes) sont la liquidité, ainsi que l’absence de risque de cambriolage. Par contre, ils nécessitent d’accorder une grande confiance aux contre-parties qui attestent détenir de façon réelle l’or qui a été acquis par les acheteurs.

  • Vient ensuite la détention physique. Son gros avantage est que l’acheteur est certaine detenir de l’or (à conditionnée l’avoir acquis auprès de personnes de confiance, type boutiques spécialisées). Par contre, il est alors nécessaire de se prémunir contre les cambriolages. Discrétion (ne pas le crier sur tous les toits) et inventivité (pour cacher son « magot ») sont donc de mise.

Ce « petit » listing des moyens de protéger (au moins partiellement) son portefeuille contre une chute des marchés n’est probablement pas exhaustif. Il convient également de préciser que couvrir son portefeuille revient à parier contre le marché. Ce qui peut être source de grosses déconvenues. De plus, certaines solutions évoquées ci-dessus (cf. les options) peuvent entraîner des pertes potentiellement infinies. De façon générale, l’utilisation de n’importe lequel des produits listés dans ce post ne doit se faire qu’après étude et compréhension totale de ce en quoi ils engagent !

11 « J'aime »

Merci pour ce post qui est fort intéressent. J’ai débuté il y a 8 mois mon portefeuille et il y a une question que je me pose, a la quelle je ne trouve pas de réponse . Si demain un crash boursier se produisait, faudrait-il tout vendre pour évité des pertes colossal, ou continuer a investir malgré la baisse ? Je ne sais pas comment je devrais réagir si cela arrivait. Je possède un portefeuille CTO a dividende si cela peut aider a une réponse plus précise. Merci d’avance =)

Tiens, ça c’est l’indice world, qui est déjà assez représentatif de l’ensemble des marchés mondiaux:


On voit bien qu’à chaque crise cela fini bien par s’arrêter, et surtout, par reprendre, et finalement par repartir plus haut, jusqu’à la prochaine crise …
Donc ne surtout pas vendre, car temps que tu ne vends pas, tu perds rien.
Au contraire, continu à te renforcer dans ce que tu crois, afin de tirer vers le bas ton PRU.
Tu n’en seras que plus gagnant, une fois les voyants au vert pour une reprise économique. :wink:

3 « J'aime »

Je rajouterai à la réponse de @matt.S95UWR que revendre en plein krach est la meilleure des façons :

  1. De faire de très grosses pertes
  2. De vous dégoûter de l’investissement boursier

D’autant plus que si vous investissez pour les dividendes, vous devez certainement choisir de solides sociétés, à même de survivre à un krach boursier. Je ne peux évidemment pas vous dire ce que VOUS devez faire (la psychologie de chacun joue énormément), mais un krach est bien souvent l’occasion de renforcer de très belles sociétés à des cours fortement réduits. Personnellement, je profite même des krachs pour prendre un peu de levier (credit).

Si malgré tout vous préférez vendre, alors il faut le faire AVANT le krach, de façon à ne pas perdre 20 ou 30% (voir bien plus) en vendant au pire des moments.
Évidemment, prédire le débit d’une phase de krach est quasiment mission impossible😉

2 « J'aime »

Hello,

Merci pour le poste @le_Petit_Actionnaire :slight_smile:

Pour ajouter ma pierre à l’édifice, j’ai la conviction que les biens ne pouvant être copiés (comme l’or pour les matériaux) sont toujours de bonnes valeurs en période de crise ou d’inflation.
Par exemple, j’ai fait l’acquisition de plusieurs biens discrétionnaires en édition limité (art, montres de luxe, etc…) car je considère que c’est également un moyen de se « dé-bancariser » tout en ayant une appréciation dans le temps.

A+

1 « J'aime »

Les obligations d’état long terme sont un moyen simple de se couvrir contre une crise. Elles sont en corrélation négative avec les actions. Le plus simple c’est de prendre un ETF genre le très connu iShares Treasury Bd 20+ …
ça fait pas rêver, ça baisse la performance sur le long terme, mais à moyen terme (10 ans) ça protège d’un -50% sur le portefeuille.

1 « J'aime »

Super post de @le_Petit_Actionnaire une fois de plus ! :slight_smile: :100:
Et d’ailleurs j’écoutais une vidéo qui expliquait qu’une étude a démontré :

  • Qu’une période de bear market dure environ 1 an et diminue jusqu’à -25%
  • Tandis qu’une période de bull market dure environ 4 ans et monte à +160%.
    Mais la nature humaine est faite de telle sorte qu’on se souvient plus des pertes que des gains réalisés.

Sinon pour terminer je plussoie totalement l’idée selon laquelle il faut continuer à te renforcer quand il y a des périodes de baisse (ou de hausse). Le prix ne doit pas être l’élément principal à regarder, mais plutôt les fondamentaux de l’entreprise. S’ils sont toujours bons, go te renforcer. :facepunch:

5 « J'aime »

@dorian.th Tout à fait, la méthode DCA a fait ses preuves !
Pour ce qui est de renforcer ses ligne en plus-values, c’est compliqué d’un point de vue psychologique (oui, encore de la psychologie) car :

  • Ça fait bosser le niveau de plus-value
  • On a l’impression que la société est chère

Et pourtant c’est nécessaire afin de conserver un certain équilibre au sein du portefeuille ! Mais même moi j’ai du mal. Il m’est par exemple très difficile de renforcer Thermador Groupe qui affiche quasiment +100% dans mon portefeuille est qui est pourtant une très belle société parfaitement bien gérée.

@manu.flo En effet, les obligations d’États (bien notés) peuvent offrir une certaine stabilité au portefeuille, en particulier en situation de crise. Merci pour ce complément :grinning:

@le_Petit_Actionnaire je me suis rendu compte qu’au lieu d’écrire « période de baisse » j’ai écrit « renforcer en période de hausse ».

Mais ta réponse au post reste tout de même intéressante. En bull, de manière générale ce qui est souvent fait c’est de vendre des plus-values et l’investir sur d’autres lignes. Mais sinon je suis bien d’accord avec toi que psychologiquement c’est dur de renforcer une entreprise qui fait du 100% de PV ahaha :sweat_smile:
Bravo au passage !! :muscle:

De toutes façons, l’investissement DCA invite à acheter quel que soit le niveau des marchés, qu’ils soient bas ou hauts :wink:

Après, prendre ses plus-values pour les réinvestir ailleurs peut être une excellente chose. Mais dans ce cas là nous ne nous situons plus dans une stratégie axée sur les dividendes.

2 « J'aime »